agroécologie au Burkina Faso

Le mardi 4 décembre, la Fondation Terre Solidaire a reçu dans ses locaux, Amadou Diallo, animateur technique pour l’association APROSSA (branche d’Afrique Verte au Burkina Faso) qui s’est engagée, aux côtés d’autres organisations, dans un vaste programme multi-pays en faveur de l’agrolécologie en particulier au Sahel.

Afrique Verte est une ONG basée à Paris qui intervient notamment au Burkina Faso, Mali, Niger et en Guinée.
Ses objectifs sont multiples :
– Accompagner les paysans dans la production agricole ;
– Travailler sur la transformation alimentaire des produits ;
– Développer les échanges commerciaux en prenant en compte les spécificités locales.
Au Burkina Faso, ce sont 9 antennes réparties sur 13 régions qui travaillent avec des producteurs regroupés au sein de 280 organisations paysannes, et 60 unités de transformation ; dans la région de Dori (Sahel), ce sont 34 organisations dont 10 féminines, investies dans les céréales, la production maraîchère ou l’élevage.

Quel est le contexte du Burkina Faso en matière de changement climatique ?

Au Sahel, le producteur est éleveur et maraîcher à la fois car il faut avoir plusieurs alternatives face aux incertitudes géographiques et climatiques de la région (avancée galopante du désert, manque de pluie, forte chaleur…)
Des producteurs locaux aux citadins, tous sont unanimes : le climat a changé. Les témoignages ne manquent pas : « il y a 50 ans, je n’avais pas besoin d’aller loin pour trouver des plantes fourragères ou du foin… ».

Que faut-il faire pour faire face à ces changements climatiques ?

Face au constat évoqué, une transition est nécessaire. Et pour nous, la transition c’est la valorisation et l’adaptation de pratiques traditionnelles pour redécouvrir leurs potentialités et les améliorer pour faire face au contexte actuel.
Ceci est la base de la mise en œuvre de nos différentes activités.
Par exemple, nous faisons la promotion de plantes oubliées comme le Moringa. Cet arbre possède de multiples vertus reconnues depuis des milliers d’années. Ses feuilles, ses fruits, ses graines, ses racines mais aussi son écorce revêtent un intérêt nutritionnel, thérapeutique et cosmétique considérable. Pour cela, nous allons créer deux jardins de 1 hectare chacun plantés de Moringa principalement et d’autres plantes fruitiers associées.
Nous allons également créer 2 bio-digesteurs qui sont des techniques peu connues dans la région. Ils permettront de produire du biogaz pour la cuisson et l’éclairage d’une part et du compost pour améliorer la productivité agricole d’autre part, tout en protégeant l’environnement.
L’implication des femmes notamment dans la transformation alimentaire ainsi que les jeunes apparaît également comme indispensable.

A quels enjeux la promotion de l’agroécologie répond-elle?

APROSSA intervient dans la région de Dori située au nord-est du pays. Cette zone est caractérisée par deux phénomènes majeurs :
– la sécheresse
– et une instabilité politique liée à la proximité du Niger et donc de la Libye.
Par ailleurs, les populations se sentent délaissées par les politiques entraînant une radicalisation grandissante particulièrement chez les jeunes.
Dans tout ça, il est important d’essayer de redonner du sens. L’agroécologie permet de minimiser les problématiques liées à la faim, et de garder les jeunes en les responsabilisant et en leur montrant que la zone est exploitable. Cela permet de déboucher sur un changement social.
Les échanges d’expériences entre communautés, et les espaces d’échange et de dialogue que nous organisons dans ce programme, permettent également de promouvoir la tolérance inter-communautaire.

A un moment donné le Burkina Faso était la porte d’entrée africaine des OGM. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Les producteurs ont pris conscience des méfaits des semences importées, notamment celles du coton génétiquement modifié qui ont eu un impact social et économique négatif pour les paysans et paysannes. Ils préfèrent maintenant utiliser les semences de coton traditionnel plus productives et mieux adaptées au contexte local.
Il est d’ailleurs important de souligner que le principe de l’agroécologie est de privilégier les semences locales paysannes comme le petit mil ou le sorgho. En outre elles sont mieux adaptées aux évolutions du climat, et les agriculteurs peuvent chaque année garder une partie de leur production pour en faire des semences pour la production de l’année suivante. Par exemple, des paysans que nous accompagnons sont allés redécouvrir des semences locales chez leurs voisins nigériens.

Quel est l’avantage pour APROSSA de participer à un tel programme multi-pays de promotion de l’agroécologie ?

Par les échanges de bonnes pratiques qui sont prévus, ce programme permet de pérenniser les acquis des activités déjà mises en place notamment :
– développer la production agricole dans le respect des pratiques locales et avec un accompagnement nécessaire pour la mise en œuvre des activités,
– retenir les jeunes en les valorisant eux ainsi que leurs activités,
– permettre une meilleure implication des femmes surtout dans le domaine de la transformation alimentaire et de la promotion des produits agricoles.
L’objectif sous-jacent reste bien entendu le bien-être des populations du Sahel.

Quels changements percevez-vous déjà ?

Des changements sont perceptibles.
Du point de vue alimentaire, les denrées sont maintenant disponibles toute l’année même si la quantité n’est pas toujours là.
Du point de vue structurelle, les jeunes et les femmes sont de plus en plus impliqués et très actifs dans les organisations de base. Ils ont compris qu’ils pouvaient contribuer au développement économique de leur territoire et de manière plus globale de leur pays.