Lauréate de la 5e édition du prix “Ils changent le monde”, l’association Bêle propose une solution à la fois durable et innovante, en redonnant sa juste place à la laine française.

Pouvez-vous décrire le projet en quelques mots ?
L’association BÊLE est née de rencontres. Nous sommes un regroupement de professionnels engagés dans toutes les étapes de la filière laine locale (élevage, tonte, lavage, artisanat, fabrication, animation, ...), dans un rayon de de 150 km environ sur le territoire Rhône et Loire et alentours.
Notre cherchons à redonner sa juste place à la laine locale et paysanne.
Au départ, des éleveuses et éleveurs ont pris conscience de la valeur de la laine. Ils ont cherché à se former et ont partagé leurs expériences.
Nous étions accompagnés par l’ADDEAR du Rhône, qui promeut l’agriculture paysanne.
Parallèlement, une entrepreneuse lyonnaise, fondatrice d’Ecocotte®, qui développe une marmite norvégienne en laine 100 % origine France et mène un travail de recherche pour se fournir en laine la plus locale et éthique possible.
Nous rencontrons également une animatrice lainière, qui explore les initiatives autour de la laine à l'échelle du département et de la France afin de structurer la filière.
Ensemble, nous nous sommes posés les bonnes questions et nous sommes allés à la rencontre des acteurs et actrices du territoire. C'est la croisée de ses chemins qui est à l'origine de l'association BÊLE, à partir de 2022.
En deux ans, le collectif initialement composé d'uen quinzaine de structures, se structure en association pour gagner en autonomie.
De quel constat êtes-vous partis pour vous lancer ?
L’industrie textile remplace la laine par la fibre synthétique au milieu du 20 eme siècle.
Les éleveurs et les éleveuses se questionnent souvent sur le devenir de la laine après la tonte.
Et dans les formations sur l'élevage, le sujet de la laine et de sa valorisation ne sont pas abordés alors que chaque année, les éleveurs doivent tondre leurs moutons.
Cela représente des quantités énormes de matière qui peuvent vite devenir une contrainte pour l’éleveur, faute de débouchés.
Actuellement, le marché de la laine est fluctuant, encore fragile.
On s’y est toujours plus ou moins intéressés, mais aujourd'hui on remarque un intérêt grandissant pour la matière en tant que produit noble et naturel.
Encore faut-il savoir transformer cette laine locale, bénéficier d’infrastructures adaptées et trouver ensuite des débouchés pour la valoriser.
Avec Bêle, la dynamique collective est de trouver ces débouchés à l’échelle locale.
Au fil des décennies nous avons perdu le savoir-faire lainier mais nous avons aussi beaucoup perdu les usages, et donc les propriétés incroyables de la laine.
Quelle est la place aujourd’hui de la laine en France ?
La filière de la laine existe en France, d’une manière plutôt isolée et en région, grâce à des initiatives locales.
Plusieurs marques de mode éthique utilisent aujourd'hui la laine française pour concevoir des vêtements dans une logique de filière responsable.
L’ATELIER laine d’Europe regroupe un certain nombre de ces initiatives qui visent à valoriser les laines de toutes qualités sur l’ensemble des territoires européens, en prenant en compte les spécificités de chaque race de mouton.
Car chaque race de mouton produit une laine différente et il faut donc y adapter les usages.
Globalement quels sont les objectifs de l’association ?
Nous co-construisons de nouveaux projets autour de la laine en mutualisant les moyens, de connaissances et de savoirs faire.
Chaque membre contribue à la transformation des laines, dans une dynamique locale et collective.
Nous avons à cœur de représenter tous les métiers de la filière laine, de l’élevage à la transformation en passant par la tonte et le lavage.
Pour l’instant, nos principaux débouchés des laines récoltées sont pour du rembourrage de cocottes norvégiennes, pour des articles de laine feutrée (semelles, chaussons…), pour des créations d’artisanat d’art (luminaires) ou pour de la matière première pour des ateliers de loisirs créatifs.
Nous développons également de nouveaux débouchés, notamment au près d'entreprises comme la fabrication de panneaux acoustiques.
Un mot pour la fin ?
Le prix “Ils changent le monde” aide l'association à structurer son histoire collective, au-delà du soutien financier.
En intégrant la Fondation Terre Solidaire, nous renforçons la dimension environnementale du projet.
Nous suivons un objectif clair : faire vivre une filière complète pour evaloriser une matière naturelle locale encore sous exploitée.
