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Bilan de la COP 30 au Brésil : une COP comme les autres ?

Dans un contexte politique instable et après deux éditions dans des pays producteurs d’énergies fossiles, la COP a cette fois eu lieu au Brésil, un pays autrement symbolique. Cela en a t-il fait une COP différente des autres ? Plus opérationnelle ? Moins superflue ? Dix ans après les accords de Paris, à l’heure où le dérèglement climatique s'accélère et où les USA sont la figure de proue du climato-scepticisme, un bilan s’impose.

Les COP, un bilan global mitigé, entre lourdeurs diplomatiques et recherche de consensus

Les COP, ou Conférences des Parties, sont des réunions annuelles réunissant les dirigeants du monde entier, des scientifiques, des négociateurs et autres représentants des populations. Chaque COP s’inscrit dans la Convention-Cadre des nations Unies sur le Changement Climatique. La première a eu lieu en 1995 à Berlin, en Allemagne. Au total, 197 pays sont signataires de cette convention, dont l’UE, composée de ses 27 États membres. L’objectif est de poser un cadre législatif ambitieux pour protéger les océans, les forêts, les ressources naturelles et le vivant au global. C’est ensemble que les Nations doivent se mettre d’accord pour créer un cadre favorable à l’émergence de solutions grâce à des accords internationaux et ainsi lutter contre le changement climatique à l’échelle du monde. Chaque année est l’occasion de faire le bilan sur les avancées de chaque pays et de vérifier les engagements pris les années précédentes. Mais chaque année, le bilan s’alourdit et les lenteurs diplomatiques ne permettent pas de mettre en œuvre des solutions concrètes. Souvent perçues comme inefficaces et trop complexes dans leur fonctionnement, les COP semblent décorrélées des véritables enjeux climatiques.

La COP21 et les accords de Paris : seule avancée majeure des COP depuis 30 ans

Même si les émissions de gaz à effet de serre ont globalement diminué sur les 10 dernières années, le bilan des COP sont insuffisants pour enrayer le changement climatique en cours. Il est difficile de se remémorer les succès de chacune des COP tant les résultats ont manqué d’ambition. Une COP seulement se démarque véritablement et est à l’origine d’un traité historique pour le climat. En effet, l’Accord de Paris, adopté à l’issue de la COP 21, a été le premier accord climatique remportant l’adhésion de la quasi totalité des Nations. A l’époque, l’Accord représentait une avancée majeure et fixait un cap. Mais 10 ans après, l’objectif principal de maintenir les températures moyennes bien en dessous des 2° (et 1,5° si possible) par rapport à l’ère pré-industrielle, est devenu inatteignable.

La coopération étant le principe même de l’Accord de Paris, aucune mesure contraignante n’est prise. Les engagements pris par les pays signataires de l’Accord de Paris sont loin d’être à la hauteur des enjeux. Il n’y a aucune obligation, chaque pays estimant « sa part » de travail pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Et c’est bien grâce à ce principe que le traité a remporté l’adhésion générale, alors même qu’aucune mesure n’est prise pour passer à une réelle mise en œuvre.

Une lente progression des sujets incontournables dans la lutte contre le changement climatique

Maigre compensation, la science du climat et les mesures d’atténuation du changement climatique sont tout de même devenues de plus en plus présentes dans les discussions. Des sujets primordiaux, comme le développement et la protection des pays émergents ou la sortie des énergies fossiles, sont abordés. La COP de 2023, organisée aux Émirats Arabe Unis, a même pour la première fois depuis l’histoire des COP, placé sur le devant de la scène les énergies fossiles en tant que contributeur principal à la crise climatique. Avec à la clé, un texte final adopté qui souligne la responsabilité commune des États et un engagement à transitionner hors des énergies fossiles.

Le Brésil et l'Amazonie, un cadre de bon augure

La COP 30, la première après l’annonce du dépassement du seuil des 1,5°, se déroulait aux portes de l'Amazonie, au Brésil, un pays dirigé par un président porteur d’espoir. En effet, après 4 ans d’années ravageuses pour l’environnement sous la présidence de Jair Bolsonaro, Lula a annoncé dès sa réélection que la protection de la forêt amazonienne serait sa priorité, et que la lutte contre la déforestation serait au cœur de la COP 30. Le symbole est fort, puisque l’Amazonie est un puits de carbone essentiel dans la régulation des émissions de gaz à effet de serre.

Dans un contexte politique défavorable aux avancées environnementales et face au manque d’ambition des COP précédentes, la COP 30 se présentait comme celle qui allait changer la donne. Celle de la vérité et de l’action. Mais qu’en a t-il vraiment été ? Voici quelques chiffres pour commencer.

 Pas moins de 1600 lobbys des énergies fossiles ont été recensés dans les négociations. C’est le plus gros chiffre enregistré pour une COP.
194 pays représentés
1 pays retiré de l’Accord de Paris : les États-Unis de Donald Trump, première puissance économique mondiale

L'année des “Contributions Déterminées au niveau National”

Les « Contributions Déterminées au niveau National », ou NDC en anglais, sont des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre, présentés tous les 5 ans par les pays signataires de l’Accord de Paris. Ces feuilles de route, qui sont en réalité des engagements chiffrés sans aucun plan d’action concret, sont censées montrer comment contenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°. Objectif que l’on sait aujourd’hui déjà hors d’atteinte. Les pays signataires devaient rendre leur rapport en 2025. Or, il manque à ce jour encore un certain nombre de NDC, dont celles des pays très émetteurs de gaz à effet de serre comme l’Inde ou l’Arabie Saoudite. Et beaucoup de celles rendues sont en-deçà des exigences de l’Accord de Paris. Ces engagements, non contraignants pour les États, sont insuffisants et ne permettent même pas de contenir le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2° d’ici la fin du siècle. A l’image des issues des COP, les NDC ne permettent pas de prendre des mesures efficaces et d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Un texte final sans ambition

Après une année 2024 record, la plus chaude jamais enregistrée depuis l’ère pré-industrielle, et 10 ans après les Accords de Paris sur le Climat, des mesures fortes se font attendre. Les engagements pris doivent être à la hauteur de l’ambition de l’Accord de Paris et de l’urgence climatique. Après de longues négociations entre les différentes parties, qu’en est-il vraiment ?

Contributions financières :

Les « Contributions Déterminées au niveau National » (NDC) sont des plans soumis tous les 5 ans par les pays signataires de l’Accord de Paris. Ils fixent des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, sans plan d’action concret ni caractère contraignant.

Ces engagements visent à limiter le réchauffement à 1,5°C, un objectif désormais hors d’atteinte. De nombreux pays, dont l’Inde et l’Arabie Saoudite, n’ont toujours pas remis leurs NDC attendues pour 2025. Et la majorité de celles déjà soumises restent très en dessous des exigences climatiques.

Représentante des peuple autochtone Amazonie

Territoires autochtones :

aussi surnommée « COP des peuples », la COP 30 aura au moins permis à plus de 14 territoires autochtones brésiliens de se détacher et de bénéficier de terres. Mais cela n’est pas encore suffisant, de nombreux territoires attendent d’être durablement protégés. Sans cela, ils subissent une pression constantes pour l’exploitation des ressources naturelles ou l’expansion de l’agro-industrie.

Énergies fossiles : 

aucune mention de la sortie des énergies fossiles n’est présente dans le texte final, alors que plus de 80 pays voulaient inclure une feuille de route planifiant la transition. Seuls les pays volontaires ont renouvelé leur engagement, déjà pris lors de la COP de 2023, à sortir des combustibles fossiles. Malgré cette volonté affirmée, le pays hôte de la COP 30 qui est aussi 8e pays producteur de pétrole dans le monde, n’est pas encore prêt à renoncer aux énergies fossiles. En effet, il a même récemment annoncé que leur exploitation permettait de financer pour son pays une transition énergétique juste et équitable.

Protection des forêts :

pas d’engagement contraignant dans l’acte final mais la création du “Tropical Forest Forever Facility”, qui consiste à placer des fonds sur des marchés financiers. Les bénéfices de ces placements seront reversés aux pays pour protéger leurs écosystèmes forestiers. Ici aussi, le mécanisme de financement n’est pas idéal puisque les fonds, issus d’Etats et de sociétés privées, sont en réalité versés dans un portefeuille de titres à revenus fixes, afin de générer un rendement supérieur à l’investissement. C’est ce rendement qui sera versé pour protéger les forêts, à hauteur de 4 dollars par hectare chaque année, et les investisseurs opèrent en réalité un prêt.

Est elle carrément mise en péril ? D’autre part le développement de ces pays et conditionné par leur capacité à absorber les différents chocs causés par le réchauffement ce qui plombe leur économie (cyclones, tempêtes, évènements climatiques extrêmes qui détruisent leurs infrastructures et leurs capacités à produire). D’autre part le point clivant (angle défendu par le CCFD à la COP) est que ce financement se fait grâce à des prêts émis par les pays développés, prêts qui alourdissent la dette des pays du sud

Des solutions venues du terrain, une alternative aux COP ?

En résumé, après 13 jours de négociations, c’est un texte sans ambition qui voit le jour. Aucune avancée majeure n’est déclarée. Des sujets essentiels comme la taxe des ultra-riches ou de l’aviation privée ont été abordés mais sans réelles mesures non plus. A l’heure de l’urgence climatique, où les impacts font déjà des dégâts considérables, ne faut-il pas remettre en question ces événements politiques coûteux ? L’objectif initial des Conférences est louable, et il est indispensable de pouvoir prendre ensemble des décisions d’ampleur mondiale. Mais les processus des mécanismes actuels sont trop lents, les consensus trop difficiles à trouver. Le changement ne viendrait-il pas d’ailleurs ? L’espoir ne se trouverait-il pas dans les solutions qui émergent des acteurs du quotidien ? Des solutions venues du terrain, où les acteurs locaux font preuve d’une résilience formidable et trouvent des solutions pérennes. Car le vrai changement, c’est celui qui ose faire bouger les lignes, celui qui modifie en profondeur les pratiques, embarque les citoyens et les entreprises. Des collectifs se montent, des technologies douces voient le jour, des nouvelles façon de façonner la terre émergent. Et c’est cela qu’il faut soutenir. C’est grâce à la somme de ces initiatives que demain nous arriveront à préserver nos ressources, à s’adapter et à enrayer le changement climatique en cours.

Marie Huré

ENSEMBLE, accélérons la transition écologique et solidaire