Visite de terrain à la découverte du projet EKOPI, une innovation au service de la transition écologique

Peut-on fertiliser les cultures grâce à l'urine humaine ? Au Pays basque, cette idée surprenante est déjà une réalité. Porté par le CIVAM BLE, le projet EKOPI expérimente depuis plusieurs années une solution innovante qui transforme ce que nous considérons habituellement comme un déchet en une ressource précieuse pour l'agriculture.
Lors d'une visite de terrain à Hendaye, la Fondation Terre Solidaire a rencontré les acteurs engagés dans cette démarche pionnière : l'équipe du CIVAM BLE, le Collège Saint-Vincent, des maraîchers bio partenaires et les jardins familiaux de la ville, où CIVAM BLE réalise des essais de culture.
Une immersion au cœur d'un projet qui réinvente notre rapport aux ressources naturelles.
Et si nos toilettes participaient à nourrir les sols ?
Le principe d'EKOPI est aussi simple qu'ambitieux : collecter séparément l'urine humaine afin de la valoriser comme fertilisant naturel en agriculture.
Cette approche repose sur un constat écologique : l'urine contient naturellement des nutriments essentiels à la croissance des plantes, notamment de l'azote. Pourtant, dans nos systèmes actuels, ces éléments sont mélangés aux eaux usées puis éliminés à grand renfort d'énergie dans les stations d'épuration.
À l'inverse, EKOPI propose de réintroduire ces nutriments dans un cycle local vertueux.
Une démarche inspirée des équilibres naturels, où rien ne se perd et où chaque ressource retrouve une utilité.
Réduire la dépendance aux engrais chimiques
L'un des enjeux majeurs de cette expérimentation est de diminuer la dépendance de l'agriculture aux engrais azotés de synthèse.
Leur fabrication nécessite d'importantes quantités d'énergie et génère des émissions significatives de gaz à effet de serre, tant pour leur production que pour leur transport.
Dans un contexte marqué par la hausse des prix des intrants agricoles et les tensions sur les ressources mondiales, développer des alternatives locales devient un enjeu stratégique.
En effet, la France importe actuellement 70 % des engrais azotés utilisés par son agriculture.
En valorisant une ressource disponible sur le territoire, EKOPI contribue à renforcer l'autonomie des agriculteurs tout en limitant les impacts environnementaux liés à la production et au transport des fertilisants.
L’urine étant une ressource disponible sur l’ensemble du territoire, l’organisation de filières locales pour la récolter et la transporter dans un rayon de 100 km autour des lieux de production reste une équation rentable, tant sur le plan écologique qu’économique.
L’utilisation de l’urine en agriculture permet de réduire la dépendance aux engrais azotés de synthèse.
Consolider la recherche autour de la sécurité sanitaire de l’utilisation de l’urine
Pour garantir la sécurité sanitaire de l’utilisation de l’urine, Charlotte Eluin, agronome du CIVAM BLE, réalise des tests mensuels sur la qualité du sol et des légumes cultivés dans les jardins familiaux d’Hendaye, fertilisés avec l’urine récoltée au collège Saint-Vincent.
Les résultats obtenus jusqu’à présent sont très encourageants : les légumes poussent aussi bien que s’ils étaient fertilisés avec des engrais de synthèse.
Les agents pathogènes qui pourraient être présents dans l’urine sont éliminés, car celle-ci est préalablement stockée selon les recommandations de l’OMS, permettant ainsi une stérilisation naturelle.
Quant aux substances chimiques susceptibles d’être retrouvées (résidus de médicaments, par exemple), elles sont naturellement dégradées par la vie du sol et ne sont présentes qu’en quantités quasiment nulles dans les légumes.
Il faudrait ainsi consommer 500 000 choux-fleurs en une seule fois pour ingérer l’équivalent d’1 mg de paracétamol.
Sur le plateau de Saclay, le LEESU, laboratoire de recherche sur l’eau et l’environnement partenaire du projet, mène de nombreuses expérimentations qu’il partage avec le CIVAM BLE.
Protéger l'eau et préserver les écosystèmes
Les bénéfices du projet dépassent largement le cadre agricole.
En détournant une partie des nutriments des réseaux d'assainissement, EKOPI contribue à réduire les risques de pollution de l'eau et à soulager le travail des stations d'épuration.
Pour cette région côtière où la qualité de l’eau est capitale pour la pratique du surf et l’activité touristique, la question intéresse la communauté d’agglomération ainsi que l’Agence de l’eau, récemment entrée en partenariat avec le projet.
Cette démarche participe également à limiter l'introduction dans les sols de certains polluants présents dans les fertilisants conventionnels.
À travers cette expérimentation, les partenaires démontrent qu'il est possible de mieux gérer les ressources naturelles tout en répondant aux besoins de production alimentaire.
Une formidable leçon d'écologie pour les élèves
La visite du Collège Saint-Vincent d'Hendaye a mis en lumière une autre dimension essentielle du projet : son impact éducatif.
Les toilettes séparatives installées dans l'établissement sont devenues de véritables outils pédagogiques. Les élèves découvrent concrètement les liens qui unissent le corps humain, l'agriculture, l'eau, les sols et l'alimentation.
Loin d'une simple sensibilisation, EKOPI permet aux jeunes de comprendre les mécanismes qui relient les activités humaines aux équilibres écologiques. Sciences, géographie, technologie ou encore alimentation : le projet offre une approche transversale de la transition écologique.
Cette expérience contribue à faire émerger une nouvelle génération de citoyens capables de penser les enjeux environnementaux dans toute leur complexité.
Construire des territoires plus résilients
Au-delà de l'innovation technique, EKOPI repose sur une dynamique collective remarquable.
Établissements scolaires, agriculteurs, associations, habitants et collectivités travaillent ensemble pour expérimenter de nouvelles façons de gérer les ressources.
Cette coopération locale permet de recréer des liens entre les lieux de vie et les lieux de production alimentaire.
Le projet démontre qu'une transition écologique réussie passe aussi par la mobilisation des territoires et la création de solutions adaptées aux réalités locales.
Une innovation qui ouvre de nouvelles perspectives
Ce qui frappe lors de cette visite de terrain, c'est la capacité d'EKOPI à relier des enjeux que l'on traite habituellement séparément : agriculture, eau, énergie, climat, alimentation, santé et éducation.
À partir d'un geste quotidien aussi banal que l'utilisation des toilettes, le projet invite à repenser nos modes de consommation et nos systèmes de production.
Pour la Fondation Terre Solidaire, cette expérimentation illustre parfaitement l'importance de soutenir des initiatives capables de transformer en profondeur nos modèles agricoles et alimentaires.
Au Pays basque, le CIVAM BLE démontre qu'une innovation locale peut devenir un puissant levier de transition écologique et inspirer d'autres territoires.
