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Loi d'urgence agricole : répond-elle vraiment aux urgences des agriculteurs ?

Le 20 juillet 2026, l'Assemblée nationale a adopté la loi d'urgence agricole. Pesticides, stockage de l'eau, revenu des agriculteurs… Un an après la pétition contre la loi Duplomb qui avait mobilisé plus de 2 millions de citoyennes et citoyens, un an après que le conseil constitutionnel ait censuré cette loi, ce nouveau texte suscite de nombreuses réactions et même la démission puis le maintien de la ministre de l’écologie, Monique Barbut, à son poste. Pour comprendre ce qui est réellement en jeu, la Fondation Terre Solidaire a interrogé ses partenaires engagés aux côtés du monde agricole. Premier constat : les préoccupations de terrain ne sont pas toujours celles qui ont dominé les débats parlementaires.

Une loi qui fait débat

Présentée comme une réponse à la crise agricole, la loi d'urgence agricole entend renforcer la souveraineté alimentaire française en simplifiant certaines règles applicables aux exploitations et en levant plusieurs freins administratifs.

Mais le texte est vivement contesté. Les débats se sont principalement concentrés sur trois sujets : la réintroduction de certains pesticides, la gestion de l'eau et des ouvrages de stockage pour l'irrigation, ainsi que la capacité de la loi à améliorer le revenu des agriculteurs.

Ces questions sont aussi celles que se posent de nombreux citoyens. Nous les avons soumises notre partenaire, Les Voix Agricoles, qui porte la voix des agriculteurs engagés dans la transition écologique.

Une réponse inattendue : « la loi passe à côté des vraies urgences

Avant même d'aborder les pesticides ou l'eau, Les voix agricoles mettent en avant un constat partagé par les agriculteurs qui participent à ses programmes d'accompagnement.

« Quelle que soit leur production, la taille de leur exploitation ou leur système, cette loi semble tomber, une fois de plus, à côté de leurs préoccupations directes et urgentes. »

Selon eux, la priorité reste la même depuis plusieurs années : garantir un revenu digne aux agriculteurs.

Les mobilisations agricoles qui se succèdent depuis plusieurs années traduisent une même difficulté : produire ne suffit plus à vivre correctement de son métier.

Or, les dispositions retenues dans la loi apparaissent, aux yeux de nombreux agriculteurs interrogés, insuffisantes pour rééquilibrer durablement les relations commerciales et assurer une rémunération juste.

Pour notre partenaire, les mesures proposées complètent les dispositifs existants issus des lois EGALIM, sans répondre au problème de fond, comme en témoigne Pierre Cellier ; agriculteur de leur réseau, dans un article que lui a consacré le journal le  Monde.

Le grand absent du débat : l'adaptation au changement climatique

Autre constat largement partagé : alors que les parlementaires débattaient du texte, de nombreuses exploitations étaient confrontées à une nouvelle vague de chaleur et à des épisodes de sécheresse.

Pour les agriculteurs interrogés, cette réalité quotidienne est largement absente des discussions.

Les conséquences du changement climatique sont pourtant déjà visibles sur les fermes : baisse des rendements, stress hydrique, adaptation des cultures, investissements supplémentaires, incertitudes croissantes.

Pour eux, la véritable urgence est désormais de construire une agriculture capable de s'adapter aux dérèglements climatiques, tout en restant économiquement viable.

Eau : au-delà des méga-bassines, la question des usages

La gestion de l'eau est l'un des sujets les plus sensibles de la loi.

Les agriculteurs des Voix Agricoles ne revendiquent pas de position collective sur les méga-bassines. En revanche, plusieurs agriculteurs engagés dans ses réseaux appellent à ouvrir un débat plus large sur les usages de l'eau.

L'un d'eux souligne notamment que poursuivre des productions particulièrement gourmandes en eau dans des territoires de plus en plus exposés aux sécheresses interroge la pérennité de certains modèles agricoles.

D'autres insistent également sur la nécessité d'améliorer les pratiques d'irrigation afin d'utiliser la ressource de manière plus économe.

Au-delà des infrastructures de stockage, c'est donc la question du partage et de la gestion durable de l'eau qui est posée.

Pesticides : des inquiétudes mais pas de position unique

La possibilité de nouvelles dérogations concernant certains pesticides a suscité de nombreuses réactions.

Là encore, Les Voix Agricoles rappellent que plusieurs agriculteurs de son réseau se sont exprimés publiquement pour défendre des modèles agricoles moins dépendants des intrants chimiques et davantage tournés vers la préservation des sols, de la biodiversité et de la santé des écosystèmes.

Ces témoignages montrent que le débat ne se résume pas à une opposition entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique. Il interroge plus largement les moyens d'accompagner les agriculteurs vers des systèmes plus résilients.

Derrière la loi, quel modèle agricole pour demain ?

Au fil des témoignages recueillis, une interrogation revient avec insistance.

La loi répond-elle principalement à un objectif de compétitivité à court terme ou prépare-t-elle réellement l'agriculture française aux défis des prochaines décennies ?

Pour plusieurs agriculteurs interrogés, continuer à rechercher des gains de compétitivité sans réduire les dépendances aux énergies fossiles, aux importations de protéines végétales ou aux intrants chimiques risque de fragiliser encore davantage les exploitations.

À leurs yeux, la souveraineté alimentaire ne peut être durable que si elle s'appuie sur des fermes capables de vivre de leur travail, de préserver les ressources naturelles et de s'adapter au changement climatique.

Donner la parole au terrain

À travers cette série de témoignages, la Fondation Terre Solidaire souhaite contribuer à un débat éclairé sur l'avenir de notre agriculture.

Suite à l’adoption du texte par l’Assemblée Nationale et le Sénat, les prochains jours seront décisifs avec d’éventuels recours devant le Conseil constitutionnel.

D'ici là, nous poursuivrons la publication des analyses de nos partenaires afin de mettre en lumière la diversité des regards portés sur cette loi et, surtout, les réalités vécues par celles et ceux qui nourrissent chaque jour nos territoires.

ENSEMBLE, accélérons la transition écologique et solidaire